Mythes et réalités sur le brûlage culturel autochtone
15 avril 2026
De nombreux peuples autochtones mènent des brûlages sur leurs territoires pour atteindre des objectifs culturels, notamment accroître l’abondance des baies et des plantes médicinales, ainsi que réduire les herbes sèches et les arbres malades qui alimentent les feux de forêt. Nous parlons de « bon feu » pour souligner ses effets bénéfiques sur le territoire, les communautés et les cultures. Il contribue à la revitalisation des savoirs et au renforcement du leadership autochtone dans la prise de décisions relatives aux territoires.
Pourtant, de nombreuses idées fausses persistent au sujet des brûlages culturels. Voici quelques faits pour les dissiper.
Mythe : Les savoirs autochtones liés au feu ont été perdus.
Réalité : Les savoirs autochtones liés au feu demeurent bien vivants.
La colonisation a eu de profondes répercussions sur les pratiques autochtones liées au feu. Ces savoirs n’ont pas été perdus; ils nous ont été arrachés par l’imposition de politiques et de lois racistes ciblées. Une fois ces mesures mises en place, les peuples autochtones ont subi des menaces, ont été condamnés à des amendes ou emprisonnés pour avoir pratiqué des brûlages culturels.
Aujourd’hui encore, de nombreuses communautés ne peuvent mener librement des brûlages en raison des restrictions imposées par des gouvernements coloniaux. Paradoxalement, ces gouvernements s’appuient sur cette rupture pour leur refuser un rôle d’intendance. Malgré cela, les savoirs perdurent.
Cependant, compte tenu de l’ampleur de cette base de connaissances et du fait que les peuples autochtones vivent toujours sur leurs territoires et en assurent l’intendance, ces savoirs demeurent bien présents dans de nombreuses communautés. De nombreuses Nations mènent activement diverses initiatives de brûlages culturels qui permettent de restaurer et de protéger les territoires, notamment l’initiative We Are Fire dans le delta de la rivière Saskatchewan et le programme des Salish Fire Keepers en Colombie-Britannique.
Les Aînés et détenteurs de savoirs souhaitent transmettre leurs connaissances, mais les occasions de les transmettre aux jeunes et aux autres membres des communautés demeurent limitées. De nombreuses Nations ayant subi une rupture culturelle plus profonde avec leurs savoirs liés au feu collaborent avec des détenteurs autochtones de savoirs sur le feu et avec d’autres Nations afin de raviver leur base de connaissances. En soutenant les échanges de savoirs et le renforcement des capacités, un plus grand nombre de Nations et de Canadiens tireront parti des bénéfices du bon feu.
Mythe : Les savoirs autochtones liés au feu ne sont plus pertinents aujourd’hui.
Réalité : L’intendance autochtone du feu aide à répondre aux défis des changements climatiques et à restaurer la santé des forêts.
Les Nations autochtones sont directement touchées par la transformation des forêts. Depuis des générations, elles observent les changements dans les feux de forêt et l’évolution des pratiques de gestion forestière. Leurs savoirs évoluent et s’adaptent selon ces observations, y compris dans le contexte des changements climatiques.
Les communautés adaptent les pratiques traditionnelles au contexte contemporain. Par exemple, dans le nord de l’Alberta, des Aînés expliquent : « Nous ne pouvons mener un brûlage sur le territoire pour le moment. Il y a trop de matière combustible. Il faut d’abord faire un éclaircissage manuel ou mécanique, puis nous pourrons recourir au bon feu et reprendre les cycles de brûlage. »
Les détenteurs de savoirs autochtones sur le feu savent depuis toujours que le brûlage culturel réduit le risque d’incendies de forêt hors de contrôle, en réduisant la végétation et en favorisant des territoires en bonne santé, riches en biodiversité et structurés en mosaïque. La recherche scientifique montre également que le brûlage culturel réduit le risque d’incendie de grande intensité sur divers territoires. Reconnaître que les Nations autochtones détiennent des savoirs liés au feu contribuera directement à restaurer la santé des forêts partout au pays.
Mythe : Si une Nation autochtone n’a pas le souvenir d’avoir utilisé le feu, elle ne peut pas y recourir aujourd’hui.
Réalité : Les Nations autochtones ont un droit inhérent d’utiliser le feu sur leurs territoires, même s’il s’agit d’une pratique nouvelle.
En matière de culture ou d’usage du feu, il n’existe pas d’approche unique applicable à toutes les Nations. Les relations au feu varient d’une Nation à l’autre, y compris dans les usages qu’elles en font aujourd’hui. Certaines ont des traditions de brûlage, sans pour autant mener des brûlages pour le moment. D’autres ne pratiquaient pas le brûlage ou n’en ont pas de mémoire ancestrale.
Les savoirs autochtones évoluent. Ils permettent aux communautés de continuer à pratiquer leur culture là où elles habitent, et ils évoluent selon le contexte, notamment en fonction des politiques de gestion forestière, des répercussions des changements climatiques, des modèles de développement, ou d’autres facteurs.
Les peuples autochtones intègrent sans cesse de nouvelles formes de savoirs en fonction de ce qu’ils observent dans l’environnement. Si des Nations jugent que le feu peut contribuer à atteindre des objectifs culturels sur leurs territoires, elles ont le droit inhérent d’établir une nouvelle pratique culturelle liée au feu et de réaliser des brûlages culturels. Les Nations qui souhaitent élaborer leur propre démarche de brûlage culturel ont tout intérêt à collaborer avec des Nations qui ont davantage d’expérience. C’est pourquoi les échanges interculturels sont si importants.
Mythe : Les savoirs autochtones sur le feu doivent être validés par la science occidentale.
Réalité : Les savoirs autochtones constituent une forme de science fondée sur les données probantes.
Ils reposent sur l’observation à long terme du territoire, des animaux, des conditions météorologiques et des interactions humaines. Notre survie dépendait autrefois d’une connaissance intime de nos territoires, et nos cultures y sont encore enracinées. Le territoire est un bon enseignant, et nous l’écoutons.
Les peuples autochtones ont observé le feu sur le territoire et vu quelles plantes repoussaient ensuite. Avec le temps, ils ont appris à utiliser le feu à leur avantage. Nous avons observé, allumé des feux, expérimenté, appris, puis recommencé – une démarche comparable à celle de la science occidentale.
Bien souvent, les organismes gouvernementaux refusent de croire nos Aînés ou nos détenteurs de savoirs tant qu’une étude fondée sur la science occidentale n’arrive pas aux mêmes conclusions, ce qui entraîne souvent la reproduction de nos connaissances à grands frais. Par exemple, de multiples études reposant sur l’analyse des cernes de croissance des arbres ont confirmé qu’historiquement, les forêts du Canada connaissaient des intervalles de brûlage plus rapprochés et davantage de feux de faible intensité, ce que nos Aînés et détenteurs de savoir affirment depuis des décennies, confirmant ainsi l’importance des pratiques de brûlage culturel.
Les écologistes du feu ont aussi constaté, dans leurs propres recherches, que plusieurs de leurs méthodes négligent les pratiques traditionnelles de brûlages « par zones » réalisées à « haute fréquence », ce qui correspond aux pratiques autochtones de brûlage culturel.
Des sommes considérables sont consacrées à la recherche sur les pratiques autochtones liées au feu, alors qu’il faudrait d’abord écouter les responsables des brûlages sur le territoire et les soutenir dans leur travail. Respecter ces savoirs permet à tout le monde de mieux connaître les territoires et le rôle des brûlages.
Mythe : Les peuples autochtones ne brûlaient que de petites zones situées près des communautés.
Réalité : Les peuples autochtones menaient des brûlages culturels dans l’ensemble des territoires traditionnels.
Historiquement, les peuples autochtones pratiquaient des brûlages près de leurs communautés, mais aussi le long des routes migratoires des animaux, dans les lieux de rassemblement saisonniers, dans les zones de cueillette des baies et des plantes, ainsi que dans d’autres endroits éloignés des établissements. Ils menaient des brûlages culturels aux quatre coins du territoire.
À ces pratiques s’ajoutaient les feux causés par la foudre, qui frappait les forêts encore non transformées par des monocultures lourdement chargées en combustible. Quand on combine brûlage culturel et feu naturel, on favorise des forêts en meilleure santé à grande échelle sur les territoires. Les peuples autochtones menaient des brûlages dans des zones importantes pour leur culture, et la foudre, que nous tenons pour parente, s’occupait du reste.
Une étude récente menée par la tribu Karuk montre que les Autochtones menaient des brûlages dans des endroits fréquentés par les gens, alors que les feux causés par la foudre se produisaient dans des zones plus éloignées et moins souvent utilisées. Il en résultait une vaste mosaïque de feux variés sur le territoire des Karuk.
Le brûlage culturel contribue à rendre les communautés plus résilientes, mais reconnaître son plein potentiel aidera aussi à restaurer de plus vastes écosystèmes forestiers.
Mythe : Les brûlages dirigés réalisés par les organismes gouvernementaux sont très similaires aux brûlages culturels.
Réalité : Le brûlage culturel et les brûlages dirigés sont tous deux utiles, mais présentent des différences importantes.
Le brûlage culturel est ancré dans la gouvernance autochtone, les lignées familiales et la connaissance des territoires. On ne peut dissocier le volet « culturel » des brûlages culturels et espérer des résultats similaires. C’est pourquoi les organismes gouvernementaux chargés des feux de forêt ne peuvent se substituer aux détenteurs autochtones de savoirs, même s’ils peuvent collaborer avec eux (voir à ce sujet cet épisode du balado Good Fire).
Les deux approches offrent des avantages, mais elles sont distinctes. Le brûlage culturel repose sur des savoirs à l’échelle locale, alors que les organismes gouvernementaux sont des structures centralisées issues de systèmes coloniaux. Le brûlage culturel s’appuie sur une gouvernance communautaire, tandis que les organismes externes adoptent une approche paramilitaire à la hiérarchie stricte. Le brûlage autochtone nous apprend à utiliser le feu sur le territoire au moment et à l’endroit où des objectifs culturels précis peuvent être atteints, tandis que le brûlage dirigé relève souvent d’une logique de production, où l’on cherche à maximiser les superficies brûlées en un minimum de temps, y compris au moyen de feux qui remplacent entièrement les peuplements forestiers.
Respecter les rôles distincts du brûlage culturel et du brûlage dirigé permettra de maximiser les bénéfices pour toute la population.
Mythe : Les Nations autochtones cherchent à se substituer aux organismes gouvernementaux de gestion des incendies de forêt.
Réalité : Les Nations autochtones souhaitent travailler en partenariat avec ces organismes.
Les Nations souhaitent renforcer la prise de décision autochtone en matière de feu sur leurs territoires. De nombreuses Nations veulent également collaborer avec les organismes de lutte contre les incendies de forêt, qui contribuent à protéger nos communautés dans les situations à haut risque. Lorsque les Nations disposent de la capacité nécessaire pour gérer le feu et intervenir, elles établissent des partenariats efficaces avec ces organismes.
De nombreux Autochtones travaillent déjà comme pompiers au sein de ces organismes. La recherche montre toutefois que la grande majorité d’entre eux demeurent cantonnés aux échelons inférieurs, au sein des équipes d’intervention soutenue. Une étude révèle que des pompiers autochtones évoluant au sein des organismes gouvernementaux occupent toujours un poste de premier échelon après 30 ou 40 ans.
Les Autochtones peuvent apporter leur expertise dans le cadre des efforts plus vastes visant à assurer la sécurité de l’ensemble de la population canadienne, que ce soit en travaillant au sein d’un organisme gouvernemental ou en démontrant comment les brûlages culturels réduisent le risque de feux de grande intensité. Les peuples autochtones apportent aussi des connaissances culturelles essentielles dans la lutte contre les incendies – ils savent localiser les sites d’importance culturelle et ce qu’il faut protéger en priorité.
Respecter la prise de décision autochtone, offrir des possibilités aux pompiers autochtones d’accéder à des rangs plus élevés au sein des organismes de lutte contre les incendies, et investir dans les programmes des gardiens autochtones du feu gérés par les Nations créeront les conditions nécessaires à de solides partenariats.
Comme on le voit, de nombreux mythes entourent encore les pratiques autochtones en matière de brûlage culturel, mais en avançant ensemble dans un esprit de respect et de collaboration, nous pouvons remplacer la désinformation par une meilleure compréhension et une collaboration renforcée.

