Papillons, élastiques et autres leçons de leadership tirées d’un nouveau programme de bourse de stage
Justina Ray, de WCS Canada, Valérie Courtois, de l’Initiative de leadership autochtone, Mary-Jo Michell, participante au programme, la ministre des Services aux Autochtones Mandy Gull-Masty, Taylor Galvin, participante au programme, l’honorable Ethel Blondin Andrew, C.P., O.C., et Cathy Wilkinson, de l’Initiative de leadership autochtone.
4 Août 2026
Par Mary-Jo Michell
La Bourse de stage de leadership en conservation pour les femmes des Premières Nations a été bien plus qu’un parcours d’apprentissage. Elle a été pour moi une véritable métamorphose. Au cours de la dernière année, j’ai eu accès à des possibilités et j’ai participé à des discussions auxquelles je n’aurais jamais imaginé prendre part. J’ai lu des livres, écouté des balados et regardé des documentaires. J’ai aussi étudié des macroinvertébrés sur le terrain au Yukon, arpenté les rues de New York et posé des questions à des ministres et à des sénateurs à Ottawa. Ce stage m’a permis d’approfondir ma compréhension de la conservation, de l’intendance, des politiques publiques, de la défense des intérêts, du financement de la nature, du brûlage culturel et du leadership autochtone, à l’échelle locale, nationale et mondiale.
Ce fut un privilège d’apprendre auprès de certaines des femmes autochtones les plus remarquables et les plus avant-gardistes du Canada, et de bénéficier de leur soutien. Elles nous ont accueillies dans des milieux où le savoir était partagé ouvertement et où des personnes aux points de vue divers se réunissaient autour d’un objectif commun. Ces expériences m’ont permis d’acquérir des connaissances professionnelles et de tirer de précieuses leçons qui m’accompagneront tout au long de ma vie et de ma carrière
L’une des leçons qui m’a le plus marquée est celle de l’« élastique ». Le concept était simple : jusqu’où peut-on repousser ses limites avant de ne plus pouvoir retrouver son équilibre? Au premier abord, l’idée paraissait évidente, mais cette image a tout de suite trouvé un écho en moi. Je me suis mise à réfléchir aux périodes où j’étais allée au-delà de mes limites, à celles où je me sentais ancrée et pleinement moi-même, ainsi qu’aux moments où je reprenais des forces après avoir dépassé mes limites. Cet enseignement m’a rappelé que la conscience de soi est essentielle. Avant de prendre une décision importante, je prends maintenant l’habitude de faire le point et de me demander où en est mon propre élastique et si j’ai la capacité d’en assumer davantage.
Mary-Jo Michell en compagnie de Bev Sellars, membre du Cercle des Tantes et ancienne conseillère et ancienne cheffe de la Première Nation Xat’sull, au Rassemblement national autochtone sur le feu.
Les Tantes parlent du défi de l’équilibre
Une autre leçon m’est venue d’une conversation avec les membres du Cercle des Tantes. Je me souviens leur avoir demandé comment elles parvenaient à tout concilier : être à la fois mères, conjointes, sœurs, amies, leaders, enseignantes, apprenantes et gardiennes du savoir, tout en demeurant ancrées dans leurs responsabilités et leurs enseignements traditionnels. Ce qui m’a le plus frappée, c’est le regard entendu qu’elles ont échangé, comme si elles comprenaient exactement ce que je leur demandais parce qu’elles-mêmes cherchaient encore cet équilibre. Leur réponse m’accompagne depuis. Elles m’ont expliqué que l’équilibre n’est pas un état que l’on atteint et que l’on conserve une fois pour toutes. Il se cultive chaque jour. L’équilibre est circulaire et non linéaire. Il faut prendre soin de sa dimension spirituelle, de son esprit, de son corps, de ses émotions, de sa famille et de son environnement. Il y aura toujours des saisons de croissance, d’épreuves, de joie et d’incertitude. L’essentielest de se faire confiance, de croire en ses capacités et de se rappeler que nos ancêtres marchent à nos côtés. La seule chose que nous puissions faire, c’est prendre la meilleure décision possible avec les connaissances dont nous disposons sur le moment, en sachant que l’équilibre est une quête de toute une vie, et non une destination.
Grandir grâce aux liens tissés
Ce stage m’a également rappelé toute la force des liens humains. Tout au long de ma carrière et de mon parcours de leadership, j’ai compris l’importance du réseautage, mais cette expérience m’a révélé toute la portée des liens véritables que l’on établit entre les secteurs et les communautés. J’ai constaté que des échanges porteurs peuvent ouvrir des possibilités, renforcer des partenariats et contribuer à l’atteinte d’objectifs. J’ai appris à communiquer plus efficacement, à mieux comprendre différents publics et à nouer des relations de façon réfléchie. Mettre les gens en relation a toujours été l’une de mes forces, mais apprendre auprès de ces femmes accomplies m’a permis de perfectionner cette capacité.
La meilleure façon pour moi de décrire ce parcours est d’évoquer l’image des papillons, nos parentes. Avant ce stage, j’étais une chenille anxieuse, qui se satisfaisait de sa propre feuille et ignorait tout des possibilités qui s’offraientau-delà de celle-ci. Les femmes de ce programme m’ont fait découvrir le nectar et montré à quoi pouvait ressembler le fait de prendre son envol. Au fil de l’année, j’ai commencé à me transformer. Je crois que je suis encore en train de sortir de mon cocon. Mes ailes ne sont pas tout à fait sèches, mais je m’apprête à prendre mon envol. Pour la première fois, je me suis vraiment sentie reconnue, soutenue, écoutée et encouragée. J’ai appris que le leadership authentique ne repose pas sur la perfection. Il consiste à être présente, à accomplir le travail nécessaire, à demeurer curieuse, à avoir du plaisir et à continuer de grandir.
Ce stage a dépassé tout ce que j’aurais pu espérer. Je suis profondément reconnaissante envers les Tantes, envers Taylor, l’autre boursière du programme, ainsi qu’envers les personnes qui ont organisé le programme et rendu cette aventure possible. Je remercie également mon conjoint, mes enfants, mes sœurs, mes amis et ma Nation pour leur soutien indéfectible. Ensemble, notre force est plus grande. Ensemble, nous guérissons et, ensemble, nous faisons changer les choses.
kʷukʷstéys he xeʔɫ kʷúkʷpiʔ tekm he sɣəpɣép syéleʔxn ʔeɬ he muséleʔxn te spzupzúʔ he qʷuʔ ʔeɫ he tmixʷ kt peyeʔwíʔx tekm he tmixʷ
cukʷ kʷukʷstéyp cíycetqʷúʔ
(Nous remercions le Créateur. Nous le remercions pour tous les arbres, les êtres à deux pattes, les êtres à quatre pattes et les animaux, ainsi que pour l’eau et le territoire. Nous ne faisons qu’un avec la Terre. Voilà, merci à toutes et à tous. cíycetqʷúʔ)
Taylor Galvin et Mary-Jo Michell, les deux premières lauréates de la Bourse de stage de leadership en conservation pour les femmes des Premières Nations, au Rassemblement national des gardiens autochtones.

