Cinq percées dans le domaine de la conservation dirigée par les Autochtones en 2025
22 décembre 2025
L’année 2025 a été marquée par d’importants bouleversements politiques et économiques au Canada. Le pays a également connu la deuxième pire saison d’incendies de forêt jamais enregistrée, entraînant l’évacuation de quelque 45 000 personnes dans 73 communautés des Premières Nations. Malgré ce contexte difficile, les Premières Nations ont continué de veiller sur les terres et les eaux, en mettant de l’avant des approches qui favorisent la santé à long terme des communautés, des cultures et des économies – des approches qui profitent à l’ensemble de la population canadienne. En voici quelques exemples :
1. 375 M$ pour la conservation dirigée par les Autochtones dans les T.N.-O.
Une initiative novatrice visant à soutenir les dirigeants de 21 gouvernements autochtones dans les Territoires du Nord-Ouest est entrée cette année dans sa phase de mise en œuvre. En juillet, des représentants du gouvernement du Canada et de la fiducie Notre territoire pour les générations futures ont signé un accord de subvention accordant 300 M$ de fonds fédéraux pour appuyer des initiatives de conservation, d’intendance et de développement économique dirigées par les Autochtones dans l’ensemble des T.N.-O. Ce financement public a également permis de mobiliser 75 M$ supplémentaires provenant de partenaires philanthropiques, dans le cadre d’un partenariat public-privé.
« Cette fiducie vise à assurer notre capacité à veiller sur notre territoire selon notre vision et nos propres modalités, aujourd’hui et pour les générations futures. » — Frederick Blake Jr, grand chef du Conseil tribal des Gwich’in
Ces investissements auront des retombées concrètes pour les communautés, en matière de création d’emplois, de préparation aux situations d’urgence et plus encore. Ces fonds favoriseront aussi l’autodétermination des Autochtones en plus de soutenir l’atteinte des objectifs de conservation du Canada. L’ILA est fière d’avoir joué un rôle de rassembleur dans le cadre de l’initiative T.N.-O. : Notre territoire pour l’avenir et félicite tous les partenaires et l’équipe de cette fiducie pour le lancement de sa phase de mise en œuvre, qui s’annonce passionnante.
Julie Dabrusin, ministre de l’Environnement et du Changement climatique, et Danny Yakeleya, président de la fiducie de l’initiative Notre territoire pour l’avenir, lors de la signature de l’accord de subvention à Yellowknife.
2. Planification accélérée en matière d’utilisation du territoire, pour des terres couvrant 160 000 km2 dans le nord de la Colombie-Britannique
La capacité de décider de l’avenir des territoires traditionnels est au cœur de l’affirmation de la nationalité autochtone. À l’été 2025, plusieurs Premières Nations ont renforcé leur pouvoir décisionnel en matière d’utilisation du territoire. En juin, les nations Kaska Dena, Tahltan, Taku River Tlingit, Gitanyow et Nisga’a et le gouvernement de la Colombie-Britannique se sont engagés dans un processus de planification de l’utilisation de territoires couvrant 160 000 km².
« Il ne s’agit pas seulement de protéger le territoire et de le laisser intact; il s’agit, fondamentalement, de protéger un mode de vie. » --Gillian Staveley, ancienne directrice de la culture et de l’intendance du territoire au Dena Kayeh Institute
Grâce à la participation communautaire, la recherche et des projets de cartographie, ces nations détermineront les zones à protéger, notamment Dene K’éh Kusān, un vaste territoire intact où les Dénés Kaska vivent depuis 8 000 ans. Elles préciseront également les secteurs où un développement des ressources pourrait être envisagé, offrant ainsi clarté et prévisibilité aux partenaires industriels. Pendant la durée du processus, la Colombie-Britannique a suspendu l’enregistrement de claims miniers sur près du tiers de la région concernée. L’ILA collabore avec plusieurs de ces nations et soutient des plans d’utilisation du territoire existants qui ouvrent la voie à une nouvelle ère de prise de décision autochtone.
Les Dénés Kaska sont à l’avant-garde des efforts visant à protéger Dene Kʼéh Kusān, un territoire d’une superficie équivalente à celle de la Suisse et qui est exempt de routes, de lignes électriques et de tout développement.
3. 275 gardiens participent au plus grand rassemblement national des gardiens à ce jour
Une foule s’est massée dans le port intérieur de Victoria en juin pour accueillir les canots tribaux transportant des gardiens venus de partout au pays, dans le cadre de la cérémonie d’ouverture du Rassemblement national des gardiens des Premières Nations. Environ 275 gardiens ont participé au Rassemblement national des gardiens en juin, auxquels se sont ajoutés des leaders et des alliés, pour un total de 350 participants.
« Chaque personne ici, à votre droite comme à votre gauche, a quelque chose à vous apprendre. » --Angelina Francis, gestionnaire des ressources naturelles, Première Nation de Miawpukek
Tenu sur le territoire des Songhees, il s’agissait du plus grand et du plus représentatif des Rassemblements à ce jour, réunissant des participants de plus de 130 programmes des gardiens. Plusieurs y participaient pour la première fois, illustrant la croissance rapide du mouvement. À titre de comparaison, lors du premier rassemblement en 2016, une trentaine de programmes étaient en activité. Aujourd’hui, plus de 200 programmes des gardiens des Premières Nations veillent sur les terres et les eaux partout au pays. L’édition 2025 a été coorganisée par l’ILA et le Réseau national des gardiens.
Des membres du projet des récits des gardiens lors de la projection privée du documentaire Gardiens pour la Terre, coréalisé par Jennifer Podemski, présenté pour la première fois au Rassemblement.
4. Les nations autochtones renforcent leur rôle en matière d’intendance du feu
Les incendies de forêt particulièrement intenses de 2025 ont mis à l’épreuve de nombreuses communautés des Premières Nations. Celles-ci ont toutefois démontré la force des approches d’intendance du feu fondées sur les savoirs, la gouvernance et les cultures autochtones. Des gardiens de Tulita formés aux interventions en cas d’incendie dans les T.N.-O., jusqu’aux gardiens du feu de la tribu des Blood qui renouent avec les brûlages culturels en Alberta, les nations développent des outils qui protègent à la fois leurs communautés et le public.
« Le brûlage culturel, c’est avant tout prendre soin du territoire. » --Joe Gilchrist, gardien du feu des Salish
Cette dynamique s’est illustrée lors du premier Rassemblement des gardiens autochtones du feu en septembre. Organisé par le Thunderbird Collective et snpink’tn (bande indienne de Penticton), l’événement a réuni 140 participants du Canada, de l’Australie et des États-Unis. Plusieurs ont souligné combien il était précieux de prendre part à un événement entièrement consacré à l’intendance autochtone du feu, distinct des conférences traditionnelles sur les incendies. L’ILA soutient le démarrage réussi du Thunderbird Collective et œuvre à renforcer la prise de décision autochtone liée au feu et à promouvoir la création de programmes des gardiens autochtones du feu.
Les membres du programme des gardiens du feu de la tribu des Blood participent à une formation sur le brûlage culturel sur le territoire.
5. L’Alaska Federation of Natives adopte une résolution en appui aux programmes des gardiens
L’intendance dirigée par les Autochtones poursuit son essor aux États-Unis, particulièrement en Alaska, où des dizaines de communautés autochtones disposent déjà de programmes de gardiens et plusieurs autres souhaitent en créer. En octobre, lors du congrès de la Alaska Federation of Natives, le plus grand rassemblement de nations autochtones du pays, la communauté aléoute du gouvernement tribal de St. Paul Island a présenté une résolution reconnaissant officiellement le rôle central des programmes des gardiens, des rangers et des sentinelles dans le renforcement de la souveraineté, de la sécurité alimentaire et de la résilience climatique des tribus.
« Mettre sur pied un programme des gardiens, c’est reconnaître que nous devons prendre soin de notre territoire, et pas seulement “gérer” les ressources. » --Hannah-Marie Garcia-Ladd, directrice de l’Indigenous Sentinels Network
Les délégués ont également réclamé des investissements durables et l’intégration de ces programmes dans les cadres de cogestion à l’échelle des tribus, des États et du gouvernement fédéral. L’ILA appuie la mise en place d’un réseau aux États-Unis qui rassemble les programmes d’intendance dirigés par les tribus et renforce le pouvoir décisionnel des tribus concernant les terres et les eaux.
Un bateau navigue sur Kaskanak Creek, un affluent de la rivière Kvichak, une importante zone de récolte traditionnelle surveillée par les gardiens de la baie de Bristol.
Bonus : Lancement d’une nouvelle bourse à l’intention des femmes des Premières Nations œuvrant dans le domaine de la conservation et de l’intendance
De nombreuses initiatives de conservation dirigées par des Autochtones sont portées par des femmes, qui œuvrent souvent de manière isolée. La Bourse de stage de leadership pour les femmes des Premières Nations vise à briser cet isolement. Lancée en mars, elle soutient des femmes leaders émergentes en leur offrant des occasions de développement et un mentorat assuré par un Cercle des tantes.
« Soutenir le leadership des femmes autochtones transforme profondément la façon dont la conservation est pratiquée au pays. » --Valérie Courtois, directrice générale de l’ILA
Plus de 70 candidatures ont été reçues. Les deux premières boursières ont été annoncées lors du Rassemblement national des gardiens en juin : Mary-Jo Michell, de la Nation Nlaka’pamux et Taylor Galvin Ozaawi Mashkode-Bizhiki, de la Nation Ojibway Brokenhead. La bourse est offerte par l’ILA en partenariat avec la Wildlife Conservation Society Canada.
Les deux premières boursières ont été présentées lors du Rassemblement national des gardiens, où elles étaient entourées du Cercle des tantes, qui les accompagnera tout au long de leur parcours d’apprentissage.

